Motion thématique
Promouvoir une politique publique de la culture forte, respectant les droits culturels de chacun·e et protégeant la liberté de création et de programmation artistique
Préambule général :
La culture est essentielle. Elle est constitutive de notre humanité en témoignent les peintures rupestres et les instruments de musique d’il y a plus de 80000 ans, retrouvés dans les grottes du Paléolithique.
De nos jours, il est indispensable qu’une politique publique robuste la soutienne, la protège et participe à son développement pour le bien de toutes et tous. Car la culture participe au lien social, au mieux vivre ensemble, à l’épanouissement de chacun.e. Il est prouvé qu’elle a des effets bénéfiques sur la santé mentale en sollicitant l’ensemble de nos émotions. En suscitant le débat, elle participe également au développement de notre esprit critique et est un vecteur indispensable à notre émancipation. Elle est nécessaire au bon fonctionnement démocratique car elle nourrit notre liberté de pensée et de création. Des libertés qui sont aujourd’hui menacées de toute part
Exposé des motifs :
L’Ile de France tient une place centrale dans l’écosystème culturel français. Avec près de 6400 lieux culturels, elle est le siège de grands musées et monuments nationaux, possède un patrimoine immense, des opéras, des théâtres, des festivals de renommée internationale. Elle est aussi un décor rêvé pour les cinéastes du monde entier.
Mais elle a aussi une forte dimension culturelle locale. Une multitude d’événements ont lieu sur notre territoire. Elle possède un réseau dense de salles de spectacles de toutes tailles, des médiathèques, des lieux d’exposition, des lieux de résidences artistiques, des structures de formation supérieure artistique de très haut niveau.. Elle est aussi le lieu d’une part importante des tournages dans l’audiovisuel et le siège d’une multitude de producteurs, de studios et de professionnels de l’image. Dans le domaine du livre, beaucoup d’éditeurs y sont implantés. En volume d’emploi, l’Ile-de-France concentre 42% de l’ensemble des actifs exerçant une profession culturelle en France, alors qu’elle ne concentre que 22 % de l’ensemble de la population active française. Enfin, l’Ile de France est riche de la diversité culturelle et sociale des ses habitants.
Considérant :
- que la culture est une compétence partagée entre l’État et les Collectivités territoriales, – que notre Région qui compte 12 millions d’habitants a des fractures sociales et territoriales importantes,
- que la crise écologique est aussi une crise culturelle de la sensibilité au vivant, aux écosystèmes et à la diversité humaine,
- que la liberté de création et de programmation est menacée en Île de France comme ailleurs et peut faire l’objet de chantages aux subventions publiques,
- que le secteur culturel y a un poids économique considérable avec des emplois directs, indirects et non délocalisables (35 % des entreprises classées dans les industries culturelles et récréatives se trouvent en Ile de France),
- que l’extrême droite et les forces conservatrices, voire fascistes menacent directement la diversité culturelle et tout ce qui fait sa richesse,
Notre parti Les Écologistes doit prendre sa part dans la bataille culturelle et réaffirmer que la culture est essentielle au projet d’écologie politique. Elle s’exerce pour elle-même au regard des droits culturels et aussi de façon transversale dans de nombreuses politiques publiques, notamment celles qui participent aux transitions écologiques, sociétales et démocratiques.
Motion :
Les Écologistes d’Ile de France porteront dans leurs interventions, leurs communiqués et dans leurs programmes une politique culturelle publique qui aura pour objectif de :
- faire respecter les droits culturels de chacun.e par des actions visant à la participation de tous.tes à la vie culturelle, dans toute sa diversité. Une attention particulière sera portée à la réduction des inégalités territoriales dans l’accès à la culture en particulier en grande couronne, dans les zones péri-urbaines et rurales,
- mettre en œuvre les politiques culturelles en direction des enfants et des jeunes notamment en augmentant le nombre d’heures dédiés à l’Éducation Artistique et Culturelle dans les établissements scolaires d’Ile de France et en s’assurant que chaque écolier.ère, collégien.ne ou lycéen.ne puisse en bénéficier où qu’il se trouve.
En dehors de l’école, des centres de loisir et des MJC, très peu d’enfants vont assister à des spectacles vivants. La pratique artistique dans les établissements dédiés (écoles des arts, conservatoires…) est encore plus minoritaire.
Alors qu’ils sont ciblés par le marketing du divertissement via les écrans et les réseaux désormais omniprésents, ils ont déserté la lecture. Le temps de transmission et de partage intergénérationnel est désormais extrêmement réduit. La question de la médiation culturelle est une urgence absolue pour préserver la diversité culturelle, l’ouverture d’esprit, l’esprit critique, autant de leviers pour une émancipation réussie,
- promouvoir l’éducation populaire, particulièrement à destination des publics les plus fragiles et éloignés, en soutenant les structures concernées (les MJC, les Centres Sociaux Éducatifs ou les Centres Sociaux Culturels) qui ont une mission de médiation et de sensibilisation,
- défendre la liberté d’expression, de création et de programmation en toutes circonstances dans le respect de la Loi et dénoncer les cas de censure ou de chantage aux subventions,
- favoriser la transition écologique en aidant les actrices et acteurs du secteur à réduire leur impact environnemental (notamment en termes d’émissions de gaz à effet de serre, de préservation de la biodiversité et de prévention des déchets, en particulier sur les festivals et les tournages cinématographiques). Le recours aux entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire et le recyclage du matériel, des décors ou des accessoires doivent être aidés et encouragés,
- Entretenir et protéger les matrimoines et patrimoines, qu’ils et elles soient matériel·les ou immatériel·les ;
- Lutter contre toute forme de discrimintation, de violence sexiste et sexuelle. Il s’agit d’instaurer une parité réelle en veillant à la promotion des femmes et des minorités de genre à des postes de responsabilité ;
- Accueillir des artistes menacé.es dans leur pays et mettre à leur disposition des ressources pour travailler ;
- Valoriser les imaginaires qui nous emmènent vers des formes respectueuses du vivant, de la diversité culturelle, de la justice sociale et de l’égalité des genres,
- Réfléchir et innover pour surmonter la problématique du foncier. Beaucoup de structures culturelles ont des difficultés d’implantation ou de développement en raison de la rareté des espaces disponibles et de leurs coûts (locaux et terrain), notamment à Paris et en petite couronne.
Dans ce but, il sera nécessaire de :
- Maintenir voire augmenter (afin, à minima, de neutraliser l’inflation) les financements dédiés à la culture dans les collectivités locales, communes, intercommunalités, départements et région que ce soit dans le domaine du spectacle vivant, dans le cinéma et l’audiovisuel, dans les arts visuels ou dans le secteur de l’édition ;
- Favoriser le dialogue entre actrices/acteurs de la culture, structures et institutions au cœur des politiques culturelles régionales afin que chacun.e puisse s’écouter et que les décisions prises et les actions menées le soient le plus possible en concertation ;
- Favoriser les politiques publiques transversales : la culture doit aussi être prise en compte dans les politiques éducatives, de santé, de justice et les aménagements urbains, et de manière générale, il faut travailler à une meilleure médiation culturelle (ou renforcée) dans toutes ces composantes des politiques publiques ;
- Réaffirmer la gouvernance partagée des politiques culturelles et améliorer la coopération entre les différentes strates des collectivité en lien avec la Région ;
- Soutenir les pratiques amateurs (en leur ouvrant des espaces de formation, de répétition et d’équipements culturels pour se produire), complémentaires des pratiques professionnelles.
Les Écologistes d’Ile de France doivent mettre la culture au cœur de leurs projets. Elle est une politique indispensable dans la résolution des graves crises auxquelles nous sommes confrontés. Elle permet de s’affranchir des carcans et ainsi de développer l’imaginaire des possibles.
Une politique culturelle solide permettra aussi de conforter la place de notre Région dans le paysage culturel français, de stimuler notre économie locale, de maintenir des emplois non délocalisables et contribuera à redynamiser les territoires péri-urbains et ruraux, en contribuant à ce qu’ils bénéficient de nouveaux équipements renforçant l’accès aux oeuvres, au spectacle vivant et à la pratique artistique.
Enfin, nous devons lutter de toutes nos forces contre les pratiques et idéologies fascistes de l’Extrême-Droite lorsque, notamment, elle pratique la censure ou contrarie la création à des fins politiques ou lorsqu’elle instrumentalise la culture pour valoriser ses idées réactionnaires. Nous défendons une culture pluraliste, libre et indépendante. Nous serons un rempart face aux attaques politiques et coupes de subventions qui visent les secteurs qui sont le ferment démocratique de nos territoires et de l’engagement citoyen : la culture mais aussi le secteur associatif et les structures sportives.
Cette casse des liens de solidarité, d’épanouissement, d’autonomie nourrit le projet d’oligarques réactionnaires qui investissent massivement dans des structures qui, petit à petit, viennent pallier ce manque et installent à bas bruit, le chaos sociétal. Il s’agit de résister et de ne rien concéder sur nos positions républicaines, écologistes et humanistes.
Et nous allons continuer à les défendre partout où nous serons parce que c’est notre projet !
