Motion thématique
La grande couronne, la grande oubliée
Pour une représentation territoriale complète au Bureau Exécutif Régional et dans l’ensemble des instances régionales
La motion CONFLUENCES – POUR UNE ILE-DE-FRANCE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOCIALE a une ambition simple et exigeante : faire vivre une écologie populaire, ancrée dans les territoires, démocratique, solidaire, féministe, antiraciste donc être capable de représenter la diversité réelle de l’Île-de-France. Cela implique de regarder en face les déséquilibres qui traversent notre organisation, en particulier l’effacement trop fréquent de la grande couronne dans nos espaces de décision.
L’Île-de-France est une région profondément diverse. Elle ne se résume ni à Paris ni à la petite couronne. Elle comprend huit départements aux réalités sociales, géographiques, économiques et politiques contrastées. Les départements de grande couronne — Seine-et-Marne, Yvelines, Essonne, Val-d’Oise — concentrent des enjeux décisifs pour l’avenir de l’écologie politique : étalement urbain, dépendance aux mobilités contraintes, désertification médicale, recul des services publics, fragilisation des commerces de proximité, pression sur les terres agricoles, développement des zones d’activités, inégalités d’accès à l’emploi, à la culture, à la santé et à la formation.
Trop souvent encore, ces territoires sont perçus comme périphériques, alors qu’ils sont au cœur des transformations écologiques et sociales à mener. Ils sont des espaces d’expérimentation, de lutte, de construction populaire et de conquête politique. Ne pas les reconnaître pleinement dans nos instances revient à se priver d’une part essentielle de la réalité francilienne.
Or, aujourd’hui, la composition du Bureau Exécutif Régional ne garantit pas une représentation équilibrée de l’ensemble des départements franciliens. Cette situation crée un déséquilibre territorial incompatible avec nos principes. Elle nourrit le sentiment, chez de nombreux·ses militant·es de grande couronne, d’être moins entendu·es, moins représenté·es, moins considéré·es dans la construction de la ligne régionale.
Une telle situation n’est pas seulement regrettable : elle est politiquement contre-productive. Car une organisation qui prétend porter la justice territoriale, la décentralisation, la démocratie de proximité et l’inclusion ne peut reproduire en interne les logiques de concentration des pouvoirs qu’elle combat dans ses analyses. Nous ne pouvons pas défendre la représentation des territoires dans nos discours sans la rendre effective dans notre propre fonctionnement.
C’est pourquoi nous affirmons que la représentation territoriale ne doit pas être un principe abstrait, mais une réalité concrète. Elle doit se traduire dans la composition du BER, et de l’ensemble des instances régionales. Elle doit aussi se retrouver dans les candidatures proposées pour les élections externes : les personnes désignées pour porter nos couleurs doivent être issues des territoires qu’elles et ils ont vocation à représenter et y militer effectivement.
Cette exigence démocratique vaut pour l’ensemble de la société francilienne. Les jeunes, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes racisées, les habitant·es des quartiers populaires, des zones rurales et périurbaines, les personnes LGBTQIA+, les personnes précarisées ou isolées doivent être pleinement représenté·es. Faire vivre cette diversité n’est pas un supplément d’âme : c’est une condition de crédibilité politique.
La grande couronne concentre par ailleurs des fractures sociales et territoriales particulièrement fortes. Beaucoup d’habitant·es y vivent un véritable sentiment d’assignation à résidence, aggravé par la défaillance des transports collectifs, l’allongement des temps de déplacement, la disparition des services publics de proximité, la désertification médicale, la faiblesse de l’offre culturelle et sportive, ainsi que la raréfaction des emplois accessibles sans contrainte de mobilité. Dans de nombreux territoires, les femmes, les jeunes, les personnes précaires et les habitant·es des quartiers populaires subissent de plein fouet ces inégalités.
Pour les Écologistes, la grande couronne ne doit pas être pensée comme une marge à corriger, mais comme un levier stratégique pour construire une alternative régionale crédible. C’est là que se joue une part essentielle de notre capacité à répondre aux attentes concrètes des Francilien·nes, à réconcilier écologie et justice sociale, à faire reculer l’extrême droite et à reconstruire du commun.
Nous rappelons également que les enjeux qui traversent la grande couronne sont au cœur de notre projet politique : désenclavement des ruralités franciliennes, lutte contre les fractures territoriales, accès égal aux services publics, soutien aux mobilités du quotidien, défense des terres agricoles, transition écologique des territoires périurbains, lutte contre la relégation et la précarisation. Ces priorités doivent irriguer nos orientations régionales et structurer notre action.
La représentation territoriale doit aller de pair avec un renforcement réel de l’animation politique locale. Les coordinations départementales, et en particulier les co-secrétaires départementaux, jouent un rôle essentiel dans la vie du mouvement : accueil des nouveaux adhérent·es, coordination des groupes locaux, remontée des enjeux de terrain, lien avec les élu·es, mobilisation militante, développement de l’implantation. Leur action doit être reconnue, soutenue et accompagnée de manière structurée.
Nous proposons la mise en place d’un accompagnement renforcé des co-secrétaires départementaux, comprenant :
- des outils adaptés pour l’animation et la coordination ;
- des formations régulières, notamment sur la prise de parole, la communication non violente, la gestion collective, la lutte contre les violences et les discriminations ;
- un suivi politique régulier avec le niveau régional ;
- une circulation fluide et transparente de l’information entre le régional, les départements et les groupes locaux.
Ce soutien doit également se traduire par une politique volontariste de développement militant, particulièrement en grande couronne. Nous voulons recruter, accueillir et fidéliser davantage d’adhérent·es dans ces territoires. Cela suppose des campagnes locales ciblées, des événements d’accueil, des parcours d’intégration, une meilleure mise en réseau des militant·es, et une valorisation des initiatives locales. L’implantation territoriale ne se décrète pas : elle se construit, patiemment, avec des moyens, de la méthode et de la présence.
Cette ambition politique ne pourra être portée sans une répartition plus équitable des moyens financiers. Les ressources du mouvement doivent être pensées en fonction des besoins réels, des dynamiques d’implantation et des déséquilibres territoriaux à corriger. Les territoires de grande couronne, souvent plus éloignés des centres de décision, doivent bénéficier d’un soutien à la hauteur des enjeux spécifiques qu’ils affrontent. Une politique d’égalité réelle suppose une politique budgétaire cohérente avec cet objectif.
Au-delà de la question de la représentation, c’est donc le fonctionnement global de nos instances qui doit être amélioré. Le CPR doit être un véritable lieu de débat politique, d’expression des sensibilités, de confrontation démocratique et de fabrique du consensus autour de choix clairs. Il doit s’ouvrir davantage aux réalités du terrain, aux départements, aux groupes locaux, aux élu·es et à la société civile francilienne. Deux de ses réunions annuelles devraient être organisées hors du seul centre métropolitain, dont au moins une en grande couronne, afin d’incarner cette volonté d’équilibre territorial.
Le BER, pour sa part, doit être au service du mouvement tout entier Il doit être en capacité dans son organisation interne, à faire circuler l’information et dans son souci permanent d’équité territoriale.
En conclusion, nous proposons :
- que la prochaine équipe régionale veille à ce que la composition du Bureau Exécutif Régional garantisse une représentation territoriale équilibrée des huit départements franciliens, en particulier de la grande couronne ;
- que les candidatures aux responsabilités régionales et aux élections externes soient issues et militent effectivement dans les territoires qu’elles et ils représentent ; qu’une stratégie régionale de développement militant spécifique à la grande couronne soit déployée, incluant recrutement, accueil et fidélisation des nouveaux adhérent·es ;
- que les moyens financiers soient répartis de manière plus juste et plus transparente, en cohérence avec les besoins des territoires ;
- que le CPR renforce son rôle de parlement interne du mouvement, en intégrant davantage les réalités territoriales et la société civile ;
- que nos instances régionales fassent de la représentation de la grande couronne un axe structurant, durable et assumé de notre projet commun.
Nous voulons construire une écologie politique fidèle à ses principes : proche des habitant·es, représentative de toutes les réalités franciliennes, capable d’agir dans chaque territoire et de faire de la grande couronne non plus une oubliée, mais une force vive de notre mouvement.
