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Face à l’explosion des data centers, remettons l’intérêt général et la démocratie au cœur de nos décisions

Les infrastructures numériques ne sont pas de simples équipements techniques ou logistique.  Elles façonnent nos territoires, mobilisent des ressources considérables, orientent notre modèle  économique et déterminent une part croissante de notre souveraineté. 

L’explosion récente des projets de centres de données, portée notamment par le développement  de l’intelligence artificielle, soulève des questions majeures de démocratie, de justice territoriale et  de soutenabilité écologique. Pourtant, ces choix structurants sont aujourd’hui largement laissés  aux acteurs privés de la tech et aux fonds d’investissement internationaux, tandis que les  possibilités de débat public et de contrôle démocratique sont progressivement réduites. 

Face à cette fuite en avant, Les Écologistes doivent porter une autre vision : un numérique sobre,  démocratique, souverain et au service des besoins de la société. 

Le constat 

Une pression croissante sur les ressources et les territoires 

Les centres de données figurent parmi les infrastructures les plus consommatrices d’électricité et  d’eau. Les dernières demandes de raccordement déposées auprès de RTE représentent à elles  seules la consommation d’une ville comme Rouen1

Ces infrastructures nécessitent également des investissements publics importants pour  développer les réseaux électriques, les capacités de production énergétique et parfois les  infrastructures de refroidissement nécessaires à leur fonctionnement. À titre d’exemple, à  Marseille, Digital Realty utilise de l’eau dite « qualité potable » pour le refroidissement de ses  installations, ce qui interroge l’usage de ressources hydriques déjà sous tension. 

En Ile-de-France, région déjà confrontée à de fortes tensions foncières, hydriques et énergétiques,  leur développement soulève des questions légitimes sur l’affectation des ressources collectives. 

Une concentration territoriale préoccupante 

L’Île-de-France accueille déjà l’essentiel de la puissance informatique installée en France, avec  environ 160 sites de grands data centers (+ de 2 000 m²), à titre de comparaison, la métropole de  Marseille en concentre déjà 12. Cette concentration n’est pas le fruit du hasard : les centres de  données fonctionnent en réseau et attirent de nouvelles implantations à proximité des  infrastructures existantes. 

Cette dynamique conduit à une artificialisation croissante des sols et à une spécialisation de  certains territoires au bénéfice d’activités créatrices de peu d’emplois locaux mais fortement  consommatrices de ressources. Elle s’illustre notamment par des projets de grande ampleur,  comme celui de Fouju, qui prévoit 1,4 gigawatt sur 89 hectares, soit l’équivalent de 125 terrains de  football, avec un impact direct sur des terres agricoles. 

Par ailleurs, de nombreux projets exploitent les failles du cadre réglementaire actuel, en  fractionnant les opérations ou en utilisant des qualifications administratives inadaptées afin de  réduire les contrôles environnementaux. 

Un déficit démocratique et de transparence 

Alors même que les impacts environnementaux des centres de données sont largement débattus,  les données relatives à leurs consommations réelles d’eau et d’électricité demeurent difficiles  d’accès alors même que la directive européenne sur l’efficacité énergétique impose la publication  des données de consommation des data centers. 

Les industriels profitent également d’imprécisions juridiques, et les data centers peuvent ainsi être  qualifiés d’entrepôts ou de locaux industriels. Des techniques de contournement existent, comme  la construction de plusieurs data centers interconnectés sur un même site ou l’augmentation  progressive des capacités, afin de rester sous les seuils de contrôle, notamment ICPE. Ces  pratiques ont été observées à Aubervilliers (Digital Realty), La Courneuve (Digital Realty) ou à  Wissous (Cyrus One et Amazon). 

Dans le même temps, le gouvernement entend faciliter leur déploiement en leur accordant le  statut de « projet d’intérêt national majeur » (PINM), permettant à l’État de contourner certaines  décisions locales d’urbanisme et de réduire les possibilités de contestation citoyenne. 

Cette évolution est incompatible avec l’exigence démocratique qui doit présider à l’aménagement  du territoire. 

Des impacts environnementaux encore sous-évalués 

Les centres de données ne sont pas de simples bâtiments logistiques. Ils concentrent des  équipements industriels complexes, des batteries de grande capacité, des systèmes de  refroidissement et des installations énergétiques pouvant présenter des risques pour les  populations et les écosystèmes. 

Leur empreinte environnementale ne se limite pas à leur fonctionnement : elle inclut également  l’extraction des matières premières nécessaires aux équipements numériques et le  renouvellement rapide du matériel informatique. 

Un enjeu de souveraineté et de choix de société 

Plus de 90 % des données européennes sont aujourd’hui hébergées sur des infrastructures  contrôlées par des entreprises extra-européennes.

Le développement massif des centres de données en France ne garantit ni notre souveraineté  numérique ni un meilleur contrôle démocratique de nos données2. Il risque au contraire  d’accroître notre dépendance à l’égard des géants mondiaux du numérique tout en faisant peser  les coûts environnementaux sur nos territoires. 

Le débat sur les centres de données est donc un débat politique majeur : il concerne notre rapport  au numérique, à l’intelligence artificielle, aux ressources naturelles et à la démocratie. 

Nos propositions 

Face à ces constats, Les Écologistes d’Île-de-France porteront les orientations suivantes :

1. Soutenir un moratoire sur les plus grands centres de données 

Nous demandons un moratoire de deux ans sur la construction des plus grands centres de  données en Île-de-France3

Cette période doit permettre la tenue d’un véritable débat public associant les collectivités, les  habitant·es, les associations, les chercheurs, les acteurs économiques et les services de l’État afin  de définir les conditions d’encadrement de ces infrastructures. 

2. Renforcer le contrôle démocratique de leur implantation 

Nous refusons que les centres de données puissent bénéficier de procédures d’exception  réduisant les capacités d’intervention des collectivités locales ou du public. 

Nous défendons : 

• Le maintien des procédures de consultation publique ; 

• La transparence complète sur les consommations d’eau et d’électricité ;

• L’évaluation systématique des impacts cumulés à l’échelle territoriale ;

• La prise en compte des besoins locaux dans les arbitrages énergétiques et fonciers. 

3. Construire une stratégie régionale du numérique soutenable et souveraine L’Île-de-France doit se doter d’une stratégie cohérente concernant les infrastructures numériques. Cette stratégie devra : 

• Privilégier la sobriété numérique ; 

• Soutenir les solutions décentralisées et moins consommatrices de ressources ;

• Favoriser l’hébergement des données sous contrôle européen ; 

• Intégrer les enjeux sociaux, écologiques et géopolitiques liés au numérique ; 

• Garantir que les choix d’aménagement répondent à l’intérêt général plutôt qu’aux seuls  intérêts des multinationales du secteur. 

Les Écologistes d’Île-de-France affirment ainsi leur volonté de reprendre la main sur les  infrastructures numériques, afin qu’elles soient au service de la société, de la démocratie et de la  transition écologique.