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Vivre en ruralités en Ile-de-France : pour que la double peine devienne une double chance

L’Ile-de-France est un ensemble de territoires regroupant pléthore de diversités, et non pas une  sorte de banlieue géante et indifférenciée de Paris.  

Jean-François Gravier parlait de “Paris et le désert français” pour dénoncer l’inégale répartition des  ressources entre la capitale et le reste du territoire national, mais nous pourrions aujourd’hui  également ajouter “Paris et le désert francilien” pour désigner la situation actuelle provoquée par  une gouvernance politique régionale méprisante et “parisiano-centrée”.  

En Ile-de-France, 671 communes (53% des communes de la Région, contre 88% au niveau national)  sont considérées comme rurales, représentant 59% du territoire régional et accueillant 5% de la  population de la région (contre 33% des français.es vivant dans des communes rurales au niveau  national). 

Une commune est dite « rurale » si plus de 85% de sa surface est composée de territoires ruraux, et  « semi-rurale » si 60% à 85% de sa surface est composée de territoires ruraux. Mais la seule caractéristique de la densité ne permet pas d’appréhender toutes les dimensions de  l’espace rural : il faut y associer des critères de type fonctionnel (degré d’influence d’un pôle d’emploi  notamment) pour affiner la définition. 

Les campagnes sont très majoritairement peuplées par les classes populaires (environ 58 %  d’employés et d’ouvriers), un chiffre supérieur à la moyenne des zones urbaines, et dont le  sentiment d’abandon par les services publics se fait de plus en plus fort. C’est un enjeu crucial de  prouver à ces populations qu’elles ne sont pas oubliées ou laissées de côté, sentiment qui a pu  favoriser un vote à droite ou à l’extrême-droite lors des dernières municipales. 

Un point commun avec les espaces ruraux des autres régions : le vote RN 

Les 4 député.es RN d’Ile-de-France sont élu.es dans les circonscriptions les plus rurales de la région :  la 4ème et la 6èmecirconscription de Seine-et Marne, la 2ème circonscription de l’Essonne et la 1ère circonscription du Val-d’Oise. Dans la 9ème circonscription des Yvelines (dont l’essentiel des  communes sont rurales), le candidat RN réunit 47% des voix au 2ème tour.

Une classification qui ne correspond pas au ressenti  

Les habitant.es de nombreuses communes définies (statistiquement) par l’INSEE comme rurales et  surtout comme semi-rurales ne se ressentent pas comme habitant la ruralité, voire refusent cette  classification de leur commune.  

De même, nombre d’habitant.es des zones urbaines ne ressentent pas comme rurales de  nombreuses communes de leur département classées comme telles par l’INSEE. Il semble que les ressentis d’appartenance (ou non appartenance) au monde rural soient liés à la  distance de la commune à Paris et en grande partie au lien erroné qui est fait entre « ruralité » et «  agriculture ». 

Les travaux du sociologue Benoît Coquard, notamment, ont montré que ruralité ne rime pas  forcément avec agriculture et que des espaces à forte tradition industrielle peuvent être ruraux.  L’Histoire de l’’Ile-de-France montre aussi que des espaces urbains denses ont jusqu’à une période  assez récente eu une forte tradition maraichère. 

Se déplacer, se soigner, apprendre, se loger, travailler, se divertir : pas tout à fait les  mêmes difficultés pour les ruralités franciliennes que pour les autres Vivre en ruralité en Ile-de-France, ce n’est pas tout à fait comme vivre en ruralité ailleurs sur le  territoire national.  

Les espaces ruraux franciliens sont les plus mal desservis par les transports en commun de la Région,  et les investissements pour les améliorer sont rarement (voire jamais) prioritaires, la quasi-totalité  des investissements étant fléchés vers la zone hyper-dense.  

La désertification médicale est désormais aussi forte en Ile-de-France que partout en France.  Les commerces disparaissent des bourgs et villages encore plus vite en Ile-de-France que dans le reste  du pays, notamment à cause de la surdensité de la région en zones commerciales. Dans la réalité quotidienne, vivre sans voiture dans les zones rurales et semi-rurales de la région est  aussi impossible que de vivre sans voiture dans la Haute-Marne, la Creuse ou le Morbihan…. 

Même s’ils sont sous l’influence de Paris, les territoires ruraux et semi-ruraux ne sont pas  suffisamment pris en compte dans les décisions d’aménagement et d’investissement de la Région.  Cela doit changer, et notamment parce que ces communes subissent la pression métropolitaine et  accueillent de plus en plus de personnes issues des catégories sociales les moins aisées, dont les  revenus ne permettent plus d’affronter les loyers et les coûts du foncier exorbitants de la zone dense. Dans une région aussi happée par l’activité de la capitale, les éléments constitutifs du quotidien sont  pratiquement tous aspirés par elle. Les services et les infrastructures majeures (hôpitaux, universités)  sont situés dans les pôles d’urbanité voisins, souvent plus proches de Paris, les emplois également,  les transports ne sont pas adaptés, l’offre culturelle proposée par la région pas suffisamment  abondante…

Une sous-représentation dans les instances électives régionales, et en particulier chez  les écologistes et la gauche 

Au Conseil Régional Ile-de-France, aucun.e élu.e écologiste et aucun.e élu.e de gauche n’est issu.e  d’une commune rurale. (Pire, il n’y avait en 2021 aucun.e candidat.e issu.e des communes rurales sur  la liste de second tour de rassemblement de la gauche). 

Il est probable que cela soit la même réalité pour les autres groupes politiques. 

Les propositions que Les Ecologistes doivent porter au Conseil Régional 

Vivre et travailler là où on habite 

Les Franciliens ruraux ont le droit de pouvoir profiter de possibilités variées pour leurs choix du  quotidien : les documents d’urbanisme locaux (PLU/PLUi) sont essentiels pour refléter la volonté de  ces habitants de réellement vivre où ils dorment, et de sortir de la logique désuète qui pousse à  favoriser un tout-parisianisme délétère pour le reste de la région.  

Il nous faut ainsi développer l’économie locale et les emplois qualifiés locaux, pour réduire cette  dépendance aux pôles urbains: sans intervention, les inégalités socio-économiques n’auront de cesse  de se creuser et le sentiment, légitime, d’abandon d’augmenter. Pour cela, nous devons porter dans  les débats la question de l’occupation de l’espace disponible par des fonctions très mangeuses  d’espaces agricoles et naturels mais très peu pourvoyeuses d’emplois notamment qualifiés (  logistique, data centers, centres d’enfouissements des déchets du grand Paris….)  

Au même titre que la réintroduction de services publics forts, il faut accroître l’attractivité des  ruralités d’Île-de-France en relayant et encourageant les initiatives locales d’accès à des interactions  culturelles en lien avec le territoire : concerts, expositions, parcours de randonnée, festivals et fêtes  populaires, visite de terres agricoles… 

Au même titre que les autres habitants de ces territoires, cette population doit bénéficier  d’infrastructures adaptées et proches en termes d’offre de soins, d’éducation, de commerces de  proximité…. 

Désenclaver les ruralités par une mobilité adaptée 

De très nombreux Franciliens de la grande couronne se disent prêts à changer leurs habitudes de  déplacement pour favoriser des modes de transport plus respectueux de l’environnement.  L’offre actuelle consiste à permettre aux habitants de la région de rejoindre la capitale pour travailler.  Il est au contraire nécessaire d’envisager le territoire sous un nouveau prisme et permettre à la  population des zones rurales de pouvoir rejoindre des espaces urbains proches grâce à des transports  en commun ou par la mise en place d’infrastructures de mobilité douce. 

Soutenir l’agriculture extensive et le maraîchage bio et favoriser les débouchés  locaux et régionaux pour l’agriculture francilienne 

L’Ile-de-France est une terre de grandes plaines céréalières avec une tradition de polyculture élevage  (abandonnée depuis l’après-guerre), avec les productions industrielles en découlant (production de  laine par exemple). Elle est aussi une terre à forte tradition maraîchère, très présente jusqu’aux  années 1960 

Avec les débouchés commerciaux que propose la zone hyperdense de la métropole, les nombreuses  cantines scolaires (et notamment celles des lycées, de compétence régionale), la Région doit soutenir  fortement une production agricole saine pour la planète et pour les humains, centrée sur la  locavorité. 

Les Ecologistes doivent soutenir et promouvoir les Plans Alimentaires Territoriaux. 

Préserver nos espaces naturels, notre patrimoine et les faire connaître aux  francilien.nes de la zone dense 

L’Ile-de-France recèle d’espaces naturels riches d’une très grande biodiversité, d’un patrimoine  architectural exceptionnel (qui ne se limite pas aux châteaux royaux …) et d’une diversité de paysages  qui n’a que peu à envier aux autres régions de notre pays.  

Préserver les espaces naturels du mitage urbain et commercial, valoriser ce patrimoine et en faire  profiter tous les les francilien.nes doit être une priorité : le droit aux vacances et la relocalisation d’un  tourisme respectueux des espaces, sensibilisant les visiteurs aux enjeux environnementaux, cela doit  aussi être une réalité pour notre région ! 

Faire entendre la voix des ruralités dans nos instances 

Dans nos instances régionales internes et dans notre groupe au Conseil Régional, les habitant.es des  ruralités franciliennes doivent être représenté.es par des personnes issues de ces territoires : nous  ne pouvons pas laisser à la droite et à l’extrême-droite la représentation des zones rurales de cette  région ! Et encore moins leur laisser la représentation du monde agricole.